Neuf mois ferme

On dit « Maître » Dupontel

 

J’ai toujours été un peu refroidie par le burlesque frénétique et l’agressivité assez lourde des films de Dupontel façon comique démolisseur : Bernie, Le Créateur, Le Vilain etc. Mais là franchement, il a affiné son style, très à l’aise entre vacherie et tendresse. Attention cela reste quand même du Dupontel (on déplorera quelques fautes de goût) mais quelle patte, quelle originalité et quel fignolage ! Ça déménage, c’est hilarant et ça change tellement du tout-venant des petites comédies françaises à deux balles.

Ariane Felder est enceinte. C’est d’autant plus surprenant que cette jeune juge raide comme la justice, aux mœurs strictes, est une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c’est que d’après les tests de paternité, le père de l’enfant n’est autre que Bob Nolan, un tueur monstrueux, poursuivi pour avoir dépecé un petit vieux…

Comme dans les bonnes comédies américaines, l’antagonisme des deux personnages principaux fait des étincelles. Il y a une trouvaille par minute, de la folie et de la poésie. Les situations, les textes, les gags sont d’une énergie colossale, écrits, maîtrisés, on ne rit pas au ras des pâquerettes. Les portes claquent, les objets tombent. Et la mise en scène tourne au quart de poil.

Si Sandrine Kiberlain est carrément épatante dans un rôle très différent de ce qu’elle a joué jusqu’à présent, Albert Dupontel n’est pas en reste, totalement dans ses cordes lui, pour le coup : décalé, touchant, inimitable dans son phrasé et dans ses raisonnements.

Et quelles guest stars ! Jean Dujardin est à mourir de rire en traducteur du journal télévisé pour les sourds. Mais aussi Philippe Uchan, Bouli Lanners et surtout Nicolas Marié, irrésistible en avocat gugusse : sa plaidoirie surréaliste pour cambrioleur globophage est un grand moment d’anthologie pénale.

CAROLINE PARMENTIER

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