Lu sur PRESENT
Hollande, qui aura bien mérité de la patrie, va, je l’espère, faire éclater aux yeux et à l’entendement des Français qu’au-delà de sa propre personne, c’est l’institution de la présidence de la République dont il faut au plus tôt se débarrasser.
Car virer Hollande pour le remplacer par n’importe qui – car n’importe qui serait mieux que lui – pour que ce nouveau venu, chaussant les mêmes bottes de l’impuissance ravageuse, nous conduise avec les meilleures paroles du monde à la même inévitable catastrophe, non, vraiment, ce n’est pas la peine.
A-t-on réfléchi à cette monstruosité d’un « monarque électif et provisoire », comme disent les professeurs de droit constitutionnel, qui fait tout, de la transformation du mariage, institution multimillénaire, au dialogue télévisé avec une gamine de 15 ans, issue des montagnes de l’Europe centrale, entre la guerre au Mali, demain en Centrafrique, peut-être en Syrie, tout en taxant les camions, pour les détaxer ensuite, sans compter l’organisation de la fin de nos vies par la décision des commissions agréées ?
Je crois que les Français de l’an trois mille, s’il y en a, diront, contemplant notre temps, que nous nous étions laissés aller au dernier degré de l’impotence décadente, un état à côté duquel l’Empire romain finissant semblait un modèle d’efficacité.
Il y a un siècle, on débattait volontiers de savoir s’il fallait une république ou une monarchie. Aujourd’hui, la question est simplifiée. Il faut supprimer la présidence de la République… sans la remplacer. J’avais eu dans l’idée, il y a quelque deux ans, d’être candidat pour le dire et le prouver. Mes plus proches, plus sages, m’ont vite convaincu que cette forme de faux suicide électoral et publicitaire ne serait pas comprise. J’ai donc rengainé ma candidature ce qui m’a valu, ainsi qu’à ce journal, quelques lettres vigoureuses qui n’avaient pas, toutes, le tort de le dire.
Mais si l’initiative maladroite a fait long feu, le propos resta vrai. Qu’un autre trouve mieux, je le souhaite de tout mon cœur, mais il faut le faire comprendre et, plus encore, sentir. Cette institution pléthorique, prédatrice, omnivore, diplodocaresque, est une catastrophe mortifère. Déjà les municipales de l’an prochain sont conditionnées par la prochaine échéance présidentielle, comme le seront les élections européennes et régionales, rien n’y échappe et, du coup, la vie politique, au sens exact du mot, disparaît. L’intérêt de la Cité, entendue dans son sens concret de la ville ou du village, où l’on a ses habitudes – car je n’oserai pas employer ce beau mot, si galvaudé aujourd’hui, de citoyen – s’estompe au profit de la comptabilisation des voix en vue de la prochaine qui, à peine atteinte et réalisée, ouvrira celle qui suit.
Qui osera dire que c’est assez ? Que la France ne se joue pas ainsi comme un tiercé et que, d’abord, la France c’est nous ! Pour l’instant, dans le flux des générations, de ceux qui, à chaque moment, naissent ou meurent, nous en sommes responsables. Nous ! C’est-à-dire chacun, là où il est, avec son petit pouvoir, son rayonnement et ses limites, mais en exerçant ses autorités le plus loin possible et avec le maximum d’intensité.
A l’insupportable question qui clôt tout débat sur la situation politique de notre pays :
— Oui, mais qui ? Pourquoi, en bon jésuite, ne pas répondre par une autre question : et pourquoi pas vous ?
— Moi, mais vous n’y pensez pas… j’ai autre chose à faire, et puis je n’y connais rien, et puis je ne suis pas connu, et je n’ai pas d’argent.
Alors, si toutes ces choses sont avérées, et elles le sont, si chacun, vous, moi, nous, qui se préoccupe du sort de son pays, ne peut pas être candidat, il faut en conclure qu’en France, en 2013, nous ne sommes plus nés ni en démocratie, ni en république. Un système, qui n’est pas un régime – dans régime, il y rex, regum, roi – ponctionne notre argent pour en faire de l’argent dit « public », qu’il redistribue à ses affidés. C’est une entreprise de conquête et de conservation des places où l’on peut vivre du travail des autres… un immense réseau de proxénétisme où maquereaux et maquerelles se disputent ou se partagent les morceaux du trottoir, non sans prendre, par intervalles et quand il faut, la pose de gens moraux et respectables, comme seuls, d’ailleurs, ils sont capables de la jouer.
Le pape Benoît XVI, dans son discours au Bundestag, avait enseigné qu’un Etat qui ne respecte pas le droit naturel mais continue d’utiliser les moyens de coercition propres à la puissance publique devient, en réalité, une bande de brigands. Je résume sa pensée, mais sans la caricaturer. A cette mesure-là, la comparaison avec le métier de souteneur est parfaitement valable. Seul le respect scrupuleux de la recherche du bien commun, de l’intérêt général, du droit de chacun, peut justifier les prélèvements obligatoires. Le peuple, en retour de l’impôt, attend la justice. Quand la loi se moque du droit et l’Etat de la justice, il n’y a plus ni loi, ni Etat.
Il faut donc tout recommencer de zéro… ou plutôt, car le zéro en histoire n’existe pas, de ce qui est fondé en droit, de ce qui a le droit d’être, de posséder, de se développer, de grandir et de fructifier. Et donc, commencer par les familles, nos familles, nos biens, nos maisons, nos entreprises, nos jardins, nos champs, nos villages, nos provinces, etc. Et contre tout ce qui nous entrave, nous pille, nous contraint injustement, coiffer sans hésiter le bonnet rouge du Breton ou la cagoule noire de l’insulaire en révolte.
Cela fait une petite lurette que la Révolution permanente a trépassé et personne ne la regrettera. Mais la révolte fondatrice, elle, commence à peine.
La révolte, contrairement à la révolution, n’est pas d’abord un système, ou une idéologie. C’est une manière d’être, une façon de dire non, de ne pas subir, d’oser et de se tenir debout.
Nos librairies étalent la photographie d’Albert Camus qui a cherché à être « l’homme révolté », mais c’était d’abord de la littérature. Je crois que celui qui, de notre temps, a le mieux incarné cet état – on peut le dire maintenant que Dieu l’a rappelé à lui, car avant il n’aurait pas aimé cela – c’est Hélie de Saint Marc.
De la Résistance, la vraie, à la prise du corps d’armée d’Alger, de Buchenwald aux rizières et du 1er REP à la réclusion criminelle, cette vie droite, comme un bel arbre, a porté des fruits de famille, d’exemple et de foi.
Hélie de Saint Marc a plus fait pour la France qui vient que tous les présidents de la République qui se sont succédé depuis sa naissance jusqu’à celui qui ne sut même pas honorer sa mort.
Sarkozy, peut-être, survivra, de l’avoir fait Grand-croix de la Légion d’Honneur, et De Gaulle de lui avoir valu la prison.
Et donc l’ancien que je suis dit à ceux qui sont déjà la France de demain : « Soyez des Hélie de Saint Marc ! Soyez des êtres de révolte et de fondation. Laissez les candidats enterrer les présidents comme on laisse les morts enterrer les morts et bâtissez, là où vous êtes, avec ceux que vous aimez et qui vous suivent, le royaume de demain. »
JACQUES TREMOLET DE VILLERS