Quai d’Orsay

Lu sur PRESENT

Les marches du pouvoir ! Entre 2002 et 2004, Antonin Baudry est devenu la « plume », le « nègre », de Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères en poste au Quai d’Orsay. De ces années trépidantes menées à 100 à l’heure, de jour comme de nuit, Antonin Baudry est sorti avec une tension de poulet sentant venir le couperet. En 2010, il met à profit cette expérience dans les arcanes du pouvoir en s’associant avec le dessinateur Christophe Blain pour en tirer une bande dessinée « quasi autobiographique », intitulée : Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques.

Sous le pseudonyme d’Abel Lanzac, il décrit ce monde confidentiel à travers le personnage d’Arthur Vlaminck, chargé de communication auprès du bouillonnant ministre des Affaires étrangères, Alexandre Taillard de Worms.

Des bulles à l’écran

Lorsque Bertrand Tavernier reçoit en cadeau cette BD, cette chronique satirique sur les coulisses de l’exercice de l’Etat, il est aussitôt séduit : « J’y voyais un passionnant sujet de film, d’une force comique irrésistible, avec une impression de justesse, de vérité dans les scènes les plus délirantes », explique le réalisateur. Dont acte et « moteur » !

L’histoire : jeune universitaire préparant sa thèse, Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz) est embauché au ministère des Affaires étrangères en qualité de « plume » du ministre Alexandre Taillard de Worms (Thierry Lhermite). En clair, il est au service du « langage », c’est-à-dire qu’il a pour charge d’écrire les discours du ministre.

Un ministre qui porte beau – crinière argentée posée sur un corps d’athlète savamment hâlé. Un homme plein de panache, brassant de l’air, claquant les portes, citant Héraclite à tout bout de champ, agité du Stabilo jaune fluo et « guerroyant » avec l’appui de la sainte trinité des concepts diplomatiques : légitimité, lucidité, efficacité.

Un ministre et une « ruche » (le ministère) toujours en effervescence qu’il découvre, dans un premier temps, avec les yeux horrifiés d’une crevette devant une mayonnaise allégée, voire ceux tout aussi étonnés d’une moule devant un Montebourg en marinière.

Passé l’effet surprise, Arthur, le candide pris dans la spirale, va apprendre à composer avec la susceptibilité et l’entourage du « prince », se faire une place entre Claude (Niels Arestrup), le directeur de cabinet « qui-sait-tout » et temporise les ardeurs du ministre toujours sur les dents, et les conseillers et autres technocrates à l’inertie crasse, qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares…

Le ministère en folie ! Farce, satire, caricature de la vie politique, une chose est sûre : Bertrand Tavernier adapte avec mordant le Grand Prix du Festival international de la BD d’Angoulême en 2013.

Respectant au plus près l’esprit de la BD et les situations où l’on voit les conseillers du ministre bosser comme des malades, dans un chaos permanent, et se faire houspiller à longueur de temps, Bertrand Tavernier signe une comédie acide, grinçante, servie par un Thierry Lhermite et un Niels Arestrup époustouflants, ainsi que par un Raphaël Personnaz qui, après avoir été le souffre-douleur d’Au bonheur des ogres, est parfait en souffre-douleur du ministre.

Un seul bémol à cette comédie : sa durée, 1 h 55. D’où un effet répétitif dans l’action finale qui nous fait dire comme le ministre Alexandre Taillard de Worms : il aurait été bon de couper là, tac, tac, tac, et encore là, tchac, tchac, tchac !

PIERRE MALPOUGE

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