Chère lectrice, cher lecteur,
Des nouvelles à ne pas manquer cette semaine :
- Affaire Médiator : les laboratoires Servier reconnus responsables
- L’huile d’olive contre le cancer du sein
- Les viandes et charcuteries augmenteraient le risque de cancer du côlon
Bonne lecture,
Jean-Marc Dupuis
Affaire Médiator : les laboratoires Servier reconnus responsables
L’affaire du Médiator a éclaté il y a huit ans.
Mais le tribunal de grande instance de Nanterre vient seulement de reconnaître la responsabilité civile des laboratoires Servier [1].
Le Médiator (molécule Benfluorex) était prescrit entre 1976 et 2009 comme coupe-faim aux patients atteints de diabète de type 2 – ainsi que ceux en surpoids. Deux millions de personnes ont été traitées au Médiator. Dans les années 1990, on a découvert que le Médiator avait des effets indésirables graves. On estime qu’en France 500 patients sont morts à cause du Médiator.
Les laboratoires Servier sont accusés d’avoir laissé le Médiator sur le marché alors qu’il était déjà reconnu comme « défectueux » et qu’ils ne pouvaient pas « ignorer les risques » de ce médicament. Les laboratoires Servier auraient dû informer les patients et les professionnels de santé des effets indésirables – en particulier sur la notice du médicament.
Les patients victimes sont heureux de cette victoire. Mais ils attendent encore plus des suites de ce procès.
Quant au laboratoire, celui-ci ne manque pas de toupet. Son porte-parole a ainsi déclaré : « Servier prend acte des jugements » et se « réserve la possibilité de faire appel ».
L’huile d’olive contre le cancer du sein
Une vaste étude clinique espagnole, PREDIMED, a suivi 4282 femmes de 60 à 82 ans en bonne santé [2].
Les femmes devaient suivre aléatoirement soit :
- Un régime méditerranéen, riche en huile d’olive vierge extra
- Un régime pauvre en graisses
Les chercheurs étaient particulièrement attentifs aux cas de cancer du sein. Depuis 2008, l’incidence des cancers du sein a crû de 20 %.
Cinq ans plus tard, le groupe régime méditerranéen avait un risque de cancer du sein par an de 1,1 sur 1000, contre 2,8 sur 1000 pour le régime pauvre en graisses.
C’est la première preuve formelle que le régime méditerranéen puisse réduire le risque de cancer du sein.
Viandes, charcuteries et cancer du côlon : attention à ce que vous lisez !
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de déclarer que les viandes provoquent le cancer du côlon.
Deux catégories de viandes sont concernées : les viandes rouges et les viandes transformées.
Les viandes rouges désignent ici toutes les pièces de muscles de mammifères : le bœuf, mais aussi le veau, le porc, le mouton, l’agneau, le cheval et la chèvre.
Les viandes transformées sont celles qui ont été salées, fumées, séchées, fermentées, etc. Cela concerne surtout les charcuteries mais aussi les blancs de poulet vendus sous vide ou autre produit transformé. Il est vrai que les charcuteries contiennent souvent trop de sel, de nitrates, de nitrites et d’autres conservateurs. Et puis la charcuterie peut masquer facilement une viande de mauvaise qualité. Tous ces facteurs peuvent accroître le risque de cancer.
Pour établir cette recommandation, l’OMS avait chargé une équipe de vingt-deux experts de l’Agence internationale de la recherche sur le cancer [3]. Ceux-ci ont fondé leur recommandation sur de nombreuses études d’observation sur l’alimentation et le cancer.
Ils ont conclu que les preuves scientifiques suffisaient à établir que les viandes transformées sont cancérogènes.
Pour les viandes rouges, ils ont conclu que les preuves scientifiques permettaient de dire que les viandes rouges sont probablement cancérogènes.
C’est peut-être vrai, mais scientifiquement, c’est assez dérangeant… car les études en question ont surtout observé des mangeurs de viande sédentaires, qui mangeaient aussi peu de végétaux et fumaient souvent. De plus, la viande consommée était souvent trop cuite, grillée, une pratique dont on sait qu’elle est hautement cancérogène. Difficile donc d’incriminer directement la viande naturelle non transformée.
Une étude d’observation dit simplement que ceux qui mangent de la viande ont plus souvent un cancer que les autres. C’est une association entre les deux événements. L’étude d’observation ne permet pas de conclure que la viande provoque le cancer. Elle n’établit pas de lien de causalité. Seuls les essais cliniques permettent d’établir un lien de causalité.
Ici, justement, la recommandation des experts de l’OMS se basait sur des études d’observation et non des essais cliniques.
On constate que ceux qui développent un cancer du côlon mangent beaucoup de viande, mais peuvent aussi avoir d’autres mauvaises habitudes de vie : faire des excès de table, manger peu de légumes en accompagnement, être en surpoids, faire peu de sport, fumer, etc. Et parmi toutes les mauvaises habitudes, difficile de dire laquelle est à l’origine du cancer.