Lu sur Présent
En 2012, Incendies avait attiré l’attention sur le cinéaste québécois Denis Villeneuve. Un film dur pour une époque molle… Il revient avec un thriller tout aussi détonant, Prisoners qui, de par son sujet même – un père qui fait justice lui-même – fait grincer les dents des angelots gaucho-taubiresques.
Kelly Dover (l’excellent Hugh Jackman) fête Thanksgiving avec son épouse et sa fille, âgée de six ans, chez des amis, les Birch. Alors que les deux couples conversent au salon après le repas, les deux fillettes, celle des Dover et celle des Birch, Anna et Joy, vont jouer devant la maison. Où elles seront enlevées.
Très vite, l’enquête menée par un inspecteur du FBI (Jake Gyllenhaal) provoque l’arrestation d’un semi gogol, Alex, qui traîne dans un camping-car (comme celui aperçu juste avant la disparition des deux petites filles). Le problème, c’est qu’on ne trouve aucune trace tangible dans le véhicule. Quant à Alex, il répète qu’il n’est coupable de rien. Faute de preuves, il est donc relâché.
Persuadé de sa culpabilité, Kelly le traque et finit par le séquestrer pour le questionner avant de passer très vite à des interrogatoires de plus en plus musclés. Ce qui inquiète l’autre père qui est plutôt du genre « je fais confiance à la justice de mon pays »…
Kelly est désormais un homme seul. La police l’a à l’œil, sa femme verse dans la dépression et lui-même part en vrille. Hugh Jackman explique :
— Cela m’excitait de me frotter à un type de personnage que je n’avais jamais abordé. Même si je savais que ça ne serait pas facile. Il y a eu tellement de bons thrillers à Hollywood, comme ceux de David Fincher ou Mystic River de Clint Eastwood.
Clint Eastwood et, effectivement, le David Fincher de Zodiac. Hugh Jackman dit encore :
— Je connais beaucoup de gens qui sont effrayés par ce qui peut arriver à leurs enfants après l’école et qui se posent la question de l’autodéfense. (…) J’avoue qu’après avoir fait ce film (il a deux enfants), je suis plus vigilant. Reste que le message véhiculé par Prisoners c’est que la violence engendre la violence.
Ancien alcoolique repenti et « rédempté », le personnage de Kelly Dover est celui d’un Américain de l’Amérique profonde. Très croyant, « survivaliste » (« Espère le meilleur, mais sois prêt pour le pire »), c’est un homme prêt à tout pour sauver son enfant : « Ce qui est terriblement rageant, c’est de savoir qu’à chaque instant qui passe votre enfant terrifié attend que ce soit vous qui veniez le secourir. Pas la police, pas l’armée. Non, celui qui doit ouvrir la porte, c’est vous. »
Un film largement d’actualité – en France – où Taubira et sa clique programment de laisser courir dans la nature les voyous de toute espèce…
ALAIN SANDERS