Le Quatuor

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Le Quatuor de Yaron Zilberman

Brillant. Après vingt-cinq ans de collaboration harmonieuse, le quatuor La Fugue est soudain déstabilisé par les premières atteintes de la maladie de Parkinson dont souffre son violoncelliste (Christopher Walken, photo). Cette nouvelle, qui pose la question de l’avenir de leur formation, réveille chez les trois autres (Catherine Keener, Philip Seymour Hoffman, Mark Ivanir) des antagonismes enfouis. Même si la forme que prennent ces conflits est un peu artificielle, une distribution brillante fait passer ce que le récit peut avoir de convenu et la mise en scène de rigide. On suit avec un intérêt constant ces quatre interprètes d’exception dans leurs variations sur les rapports tourmentés de l’art et de la vie.

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The East

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The East de Zal Batmanglij

Original. Travaillant pour une agence privée, qui fait du renseignement pour le compte de grandes entreprises, Sarah Moss (Brit Marling) doit infiltrer un groupe d’écoloterroristes qui mènent des opérations punitives contre les firmes pollueuses. Coécrit par le cinéaste et sa comédienne à l’issue d’une enquête approfondie dans les milieux anarchistes, un thriller original qui mêle habilement une réflexion sur l’altermondialisme et un tableau sur les difficultés de l’infiltration. Dommage que les développements scénaristiques se déploient de manière assez prévisible dans les arcanes du politiquement correct.

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Hijacking

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Hijacking de Tobias Lindholm

Prenant. Dans l’océan Indien, un paquebot danois est pris d’assaut par des pirates, qui choisissent le cuistot du bord (Pilou Asbæk, photo) comme interlocuteur. Cependant qu’à Copenhague, le président de la société, contre l’avis des spécialistes, décide de conduire lui-même les négociations avec les rançonneurs. Sans esbroufe ni sensationnalisme, Tobias Lindholm brosse un tableau poignant d’une situation dramatique soumise à une double tension, les négociateurs étant presque autant sous pression que les otages, avec le portrait très convaincant d’un dirigeant qui sent la vie des otages peser de plus en plus lourdement sur ses épaules. Un film juste, tendu et prenant.

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Insaisissables

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Insaisissables de Louis Leterrier

Distrayant. À Las Vegas, quatre illusionnistes présentent un show dont le clou est le… braquage d’une banque à distance. Aidé par une inspectrice d’Interpol (Mélanie Laurent, photo), un agent du FBI (Mark Ruffalo) tente de les coincer… Le scénario de Boaz Yakin a le mérite de l’originalité et, s’il suppose du spectateur une suspension totale de son sens de la vraisemblance, donne un film pas toujours très clair mais constamment divertissant, porté par une distribution prestigieuse (on y compte Jesse Eisenberg, Woody Harrelson, Michael Caine et Morgan Freeman). Dans le style clinquant, la mise en scène de Louis Leterrier jette suffisamment de poudre aux yeux pour qu’on se laisse prendre au spectacle.

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Chaque jour que Dieu fait

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Chaque jour que Dieu fait de Paolo Virzì

Chaleureux. Guido et Antonia (Luca Marinelli et Federica Victoria Caiozzo, photo) sont aussi différents que possible, mais unis par un profond amour : elle est une chanteuse de jazz inculte, lui un spécialiste de littérature antique, qui la réveille chaque matin en lui lisant un extrait du martyrologe. Leur curieuse alchimie va être perturbée par leur désir d’avoir un enfant… La situation est celle d’une comédie sentimentale classique, mais Paolo Virzì sait la renouveler grâce à des personnages merveilleusement dessinés, aussi excentriques que sympathiques, dont la différence de culture enrichit le film d’un thème secondaire original. Le tout donne un film vivant, touchant et chaleureux. L. D.

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Tirez la langue, mademoiselle

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Tirez la langue, mademoiselle

Touchant. Axelle Ropert brosse le portrait délicat et pudique de deux frères médecins, entre sacerdoce professionnel et recherche du bonheur.

Frères, Boris et Dimitri Pizarnik (Cédric Kahn et Laurent Stocker) sont si proches que ces deux médecins exercent ensemble, recevant ou visitant souvent les patients conjointement. Dévoués à leur métier, ils sont restés célibataires. La rencontre de Judith (Louise Bourgoin, photo), la mère d’une petite diabétique, va semer le trouble chez les deux frères, qui tombent amoureux chacun de son côté, sans en parler à l’autre…

On craint un instant que cette péripétie fasse basculer ce film très original dans quelque chose de plus convenu, mais Axelle Ropert réussit à maintenir un ton fait de justesse d’observation, de cocasserie légère et de respect pour les personnages, dont la pudeur est l’un des maîtres mots. La cinéaste a le mérite de ne pas chercher à retenir l’attention par des péripéties d’une originalité foudroyante, au risque de l’artificialité, mais de privilégier les légères incongruités de protagonistes excentriques et merveilleusement vivants. Avec ces frères si dévoués à leurs patients qu’ils en ont presque oublié d’être heureux, elle a donné naissance à deux personnages touchants et attachants, qu’on n’est pas près d’oublier. Laurent Dandrieu

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Les Amants du Texas

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★ Les Amants du Texas de David Lowery

Brillant. Bob et Ruth sont amants, et lorsque Bob (Casey Affleck) est pourchassé par la police après un braquage qui a mal tourné, Ruth (Rooney Mara, photo) ne rechigne pas à faire le coup de feu avec lui, mais seul Bob va en prison. Des années plus tard, alors que Ruth élève seule leur petite fille et qu’un policier (Ben Foster) lui fait la cour, Bob s’évade… Le scénario du second film de David Lowery est d’un minimalisme qui confine parfois au simplisme, mais le jeune cinéaste dispose d’un talent impressionnant pour installer une ambiance et faire vivre ses personnages, sur lesquels il porte un regard presque contemplatif. Rooney Mara impressionne une fois de plus par son intensité.

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La Bataille de Solferino

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★ La Bataille de Solferino

Drolatique. Pour son premier film, Justine Triet mêle la petite histoire et la grande pour une tragi-comédie virtuose.

Journaliste à iTélé, Laetitia (Laetitia Dosch, à gauche sur la photo) doit couvrir cette journée du second tour de la présidentielle de 2012 au siège du PS, rue de Solferino. C’est justement le jour qu’a choisi son ex, Vincent (Vincent Macaigne, à droite), qui sort de l’asile psychiatrique pour comportement violent, pour la harceler à propos du droit de visite de leurs deux enfants, d’abord sous les yeux d’un baby-sitter débordé, puis en plein milieu de la cohue hollandaise…

Plonger un personnage par nature bordélique dans un double capharnaüm, national et intime, c’est l’excellente idée de Justine Triet, qui la mène à bien avec une maestria de virtuose. Oscillant entre comédie et drame sans qu’on sache jamais très bien de quel côté on se trouve ou si l’on ne va pas basculer carrément dans la tragédie, le personnage de Vincent étant réellement inquiétant et son harcèlement poussant Laetitia à des imprudences coupables, cette scène de ménage à laquelle l’utilisation brillante du contexte politique confère une vérité presque documentaire fait un premier film très accompli et drolatique, malgré une fin qui retombe un peu. Laetitia Dosch, en bohème dépassée, et Vincent Macaigne, en baba cool dictatorial, sont épatants.

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Turbo

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★ Turbo de David Soren

Enlevé. Turbo est obsédé de vitesse et ne rêve que de battre des records. Seul problème : c’est un escargot ! Mais avec l’aide d’une modification génétique involontaire, il va réussir à concourir à Indianapolis… Ce contraste entre la condition de gastéropode de Turbo et ses rêves de vitesse est l’occasion de scènes hilarantes, orchestrées avec maestria par les studios DreamWorks. Si le rythme retombe par moments, on rit de bon coeur à ce comique enlevé et sans vulgarité.

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Neuf mois ferme

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★ Neuf mois ferme

Hilarant. Une comédie jubilatoire d’Albert Dupontel, dont les délires très maîtrisés font hurler de rire.

Brillante magistrate, Ariane Felder (Sandrine Kiberlain, photo) est de loin la plus coincée de tout le Palais de justice. Pourtant, après un réveillon particulièrement arrosé, elle se retrouve enceinte. Après un test ADN, elle découvre que le géniteur n’est autre que le redoutable Bob (Albert Dupontel), cambrioleur un peu demeuré récemment arrêté pour avoir dépecé un petit vieux… Lequel Bob, qui clame son innocence, a justement porté son dévolu sur cette magistrate brillante pour l’innocenter, mieux que son avocat, incompétent et bègue (Nicolas Marié), ne saurait le faire.

Après le Vilain, Dupontel impose à nouveau avec brio son comique délirant, réussissant à installer sa folie furieuse dans un récit pourtant très construit et ordonné, à peine gâté par quelques solides fautes de goût. Les situations abracadabrantes s’enchaînent à vive allure, sans jamais pourtant sacrifier des personnages finement brossés, servis par des interprètes pleins de verve : Dupontel parfait en faux méchant et vrai tendre, Kiberlain très à son aise en psychorigide volcanique, avec une mention spéciale à Philippe Uchan en séducteur foireux. Seul défaut du film : les voisins rient si fort qu’on n’entend pas toutes les répliques.

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